« Internet comme territoire sans frontières, c’est une vaste blague »

claude chollet
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Surveillance des Etats, collecte de données par des entreprises comme Facebook ou Google : pour l’informaticien Franck Leroy, il y a des liens consanguins entre entreprises et services américains.

Tout est parti de ce dialogue initié par un journaliste du Figaro :

« Qu’on m’explique. Pourquoi les opposants au projet de loi renseignement acceptent-ils que Facebook, Google ou Twitter sachent tout de leur vie ? »

Cette manière de présenter les choses pourrait paraître simpliste (après tout les opposants à la loi sur le renseignement sont souvent très critiques vis-à-vis des GAFA), mais elle est souvent revenue ces dernières semaines : pourquoi se focaliser sur la surveillance de l’Etat alors que l’actualité nous apporte chaque semaine des exemples flippants de ce que les géants du Web pourraient faire avec nos données ?

L’émergence du Big Data permet déjà de prévenir (en partie) le crime avant qu’il n’ait lieu et le développement des objets connectés pourrait, par exemple, servir à identifier les appareils que vous utilisez chez vous grâce à leur empreinte électrique…

Des personnes bien intentionnées ont essayé de lui répondre, sur le thème « Google et Facebook n’ont pas de prérogatives de puissance publique, pas le monopole de la violence légitime, nous ne risquons que la publicité ciblée ». Cette réponse paraissait un peu courte (Twitter oblige).

Deux livres du même auteur permettent d’éclairer ce débat : « Réseaux sociaux et Cie » (2013) et « Surveillance. Le risque totalitaire » (2014). Deux bouquins symétriques sur les pratiques de l’Etat (surtout les Etats-Unis) et celles des entreprises privées (surtout américaine). Sur la quatrième de couverture, « Franck Leroy », l’auteur, est présenté comme un « consultant en architecture des réseaux informatiques ».

Des Franck Leroy, il en existe à la pelle sur Internet. Il y en a beaucoup dans l’informatique. Pour éclaircir ce point, j’ai donc appelé l’éditeur. Il se trouve que le Franck Leroy qui nous intéresse écrit sous pseudonyme par crainte d’« être enquiquiné dans ses activités professionnelles ». C’est donc lui qui m’a contacté, avec un numéro masqué. Il était « à l’autre bout de l’Europe », il ne revenait que la semaine suivante.

Rendez-vous a été fixé chez son éditeur, Actes Sud. Ce dernier m’assure que l’identité de M. Leroy a été vérifiée. Je n’en saurai guère plus. C’est un monsieur plus âgé que je ne l’imaginais, sympathique, articulé. Il parle comme ses livres, qui sont très clairs pour le profane et ont le mérite de replacer les révélations de Snowden dans l’histoire longue. « C’est parce que je n’ai pas qu’un fond technique », m’explique-t-il. Il dit avoir suivi les cours de Michel Foucault, au collège de France. Cet enseignement a façonné sa vision.

Rue89 : Qu’est-ce qui vous paraît le plus dangereux, la surveillance des Etats ou la collecte de données par des entreprises commerciales comme Facebook ou Google ?

Franck Leroy : C’est un faux débat. La meilleure façon d’approcher cette question est de bien comprendre qu’il y a des liens de nature consanguine entre les entreprises américaines, puisque c’est d’elles que nous parlons, et l’appareil de surveillance et de renseignement de l’Etat fédéral étatsunien.

Ces liens ne sont pas nouveaux. Ils sont connus ou suspectés depuis plus de vingt ans, bien avant que Edward Snowden ne révèle que Google, Facebook et consorts livraient des données sur leurs utilisateurs à la NSA, via le programme PRISM. Certains vont même jusqu’à affirmer que certaines de ces entreprises sont des créations ex-nihilo des services secrets.

En 1999, un rapport de la commission de la Défense à l’Assemblée nationale abordait les liens entre Microsoft et la NSA. On y apprenait « la présence de personnels de la NSA dans les équipes de développement de Bill Gates ». A travers des prises de participation du fonds d’investissement In-Q-Tel, qui est une émanation de la CIA, des personnes très proches du renseignement siègent ou ont siégé au conseil d’administration de Facebook.

Ce « papillonnage » des personnes entre l’appareil d’Etat et des entreprises du secteur informatique est fréquent aux Etats-Unis. Au-delà des personnes, nombre de technologies qui descendent dans le grand public – la reconnaissance vocale, les empreintes faciales, les moteurs de recherche – sont issues de budgets militaires.

Bien sûr, tout cela est dissimulé derrière une légende faussement « cool » d’entreprises dirigées par des jeunes en T-shirt.

Est-ce que ce schéma se retrouve en France ?

Cette relation fusionnelle nous choquerait en France, même si cela existe un peu dans l’aviation. Il faut surtout dire que nous sommes en présence de technologies totalement maîtrisées par les Etats-Unis, qui font tout leur possible pour en conserver le leadership.

OK, mais vos exemples remontent à quelques années. Est-ce que les intérêts privés des grandes entreprises n’ont pas débordé cette origine « militaire » ?

Je ne vois pas pourquoi ces liens auraient cessé d’exister. Certes, la réalité est éminemment plus complexe qu’une simple relation de vassalité entre les géants du Web et l’Etat fédéral américain, mais cela ne signifie pas que les données collectées pour la vente d’espaces publicitaires ne remontent pas ensuite vers les institutions de surveillance.

Mais cela reste un souci lointain. La plupart des gens sont emmerdés au quotidien par des choses comme l’auto-complétion sur Google qui accole un terme peu flatteur à votre nom. Est-ce que ce n’est pas l’activité purement commerciale qui nous pourrit la vie ?

Nous sommes arrivés à un point où ne pas avoir de compte Facebook peut être suspect aux yeux d’un employeur. Il y a une espèce d’obscénité. Vous êtes présenté à un groupe de personnes et vous savez qu’en rentrant chez elles, elles vont entrer votre nom dans un moteur de recherche. Or, vous n’êtes pas ce que Google dit de vous.

C’est un poison lent dans la société. Nous sommes en train de créer une culture délétère, une culture de délation. Et comme tout poison, ses effets ne se ressentent pas immédiatement. Il est de coutume de distinguer la surveillance orientée par les Etats, celle dirigée par les entreprises et celle menée par les individus sur d’autres individus. En réalité, tout cela va de pair.

Quelque chose est descendu du haut de la pyramide et, par capillarité, s’est immiscé dans tous les comportements sociaux. C’est la contre-utopie du rêve des années 80 et 90 : le partage, l’échange, l’enrichissement. Il est intéressant de constater maintenant le double sens de cette « société de la connaissance ». C’est d’ailleurs ce que disait Michel Foucault : le pouvoir, au sommet, ne peut pas fonctionner lorsqu’il est isolé des petits pouvoirs. Et c’est un petit pouvoir que nous donnons aux gens : celui d’espionner son voisin.

Mais il y a aussi des applications très concrètes. On parle des algorithmes qui vont encadrer nos comportements, les lisser…

Oui, cela rejoint la question de l’intelligence artificielle. Il y a tout un courant aux Etats-Unis qui estiment que, dans moins d’une génération, la capacité des cerveaux artificiels (pour eux, le cerveau humain est assimilable à un ordinateur) dépassera celle des individus. Pour eux, la seule solution est d’appareiller les humains pour combler leur « défaillance ». Nous serons alors comme du bétail, allant nous faire injecter des implants qui « normeront » nos comportements. Adieu la créativité, le rêve, la flânerie. Ces gens ne sont pas de doux rêveurs même s’ils parlent d’utopie.

Pourriez-vous nous donner un exemple ?

La santé. L’Apple Watch est un outil bien gentillet à côté de ce qui est en train d’être testé et bientôt commercialisé. Ce sont des implants qui diffuseront des molécules dans votre corps et seront en connexion permanente avec des robots médecins. Sans tomber dans un délire orwellien, nous ne serons pas très loin du tri des individus. Les assurances pourraient s’engouffrer là dedans (certaines vous font des ristournes si vous leur ouvrez votre compte Facebook). Toutes ces technologies dites « d’assistance » sont à double tranchant. Je ne suis pas contre la technologie, je dis simplement qu’il faut en contrôler les usages.

Mais est-ce possible ? Il y a une espèce de défaitisme ambiant, l’idée qu’Internet a « un esprit », qui irait vers plus de transparence, plus de fluidification, sans que la régulation ne puisse rien y faire…

Je n’y crois pas. C’est de la mythologie. La technologie est issue de l’esprit humain. L’individu et la collectivité sont capables d’en définir les usages. Il y a des civilisations qui connaissaient l’existence de la roue et qui ont décidé de ne pas l’utiliser.

Revenons à cette fausse dichotomie, selon vous, entre l’Etat et les GAFA. La surveillance étatique apparaît comme une citrouille surplombante sans conséquences immédiates dans le quotidien, tandis que tout le monde est titillé par les publicités ciblées de Gmail…

Ce n’est pas faux. La visibilité des outils intrusifs des entreprises est finalement assez importante si l’on s’y intéresse de près. Mais le monde de la surveillance est par définition dans l’ombre, son impact est moindre dans l’immédiat. Nous sommes plus dans la crainte des usages possibles par des pouvoirs qui peuvent être amenés à changer. Mais ce ne sont que des plans différents. C’est le rapprochement des deux qui devrait nous inquiéter.

Mais ces outils de surveillance étatique peuvent aussi avoir des conséquences concrètes. Nous vivons dans des sociétés complexes avec des pouvoirs qui sont relativement isolés des populations et qui sont dans l’obsession prédictive. Ils veulent savoir ce que le citoyen pense de ceci ou cela. Pas dans une perspective « altruiste », mais parce qu’ils s’inquiètent de leur survie. Les outils de surveillance peuvent compléter la pulsion sondagière. Les gouvernants vont disposer de tout un tas de capteurs pour palper le corps social. On est dans l’obsession divinatoire : il faut prédire. Cela norme donc aussi le comportement de nos gouvernants.

Ne sommes-nous pas tous devenus paranoïaques après une période d’insouciance pré-Snowden ?

C’est le climat délétère dont je parlais tout à l’heure. Les gens se sentent espionnés. Ce n’est pas un dégât collatéral. C’est une conséquence de la peur diffusée pour justifier le système.

Peut-être, mais vous y participez aussi. En lisant votre livre, on se dit que la NSA, c’est Sauron, un œil omniscient et omnipotent…

Oui, mais ce n’est pas faux non plus. Nous sommes sous un régime permanent de viol des correspondances. Vous en concluez que tout ce qui est de l’autre côté de votre écran est du domaine du visible.

C’est vrai qu’il existe un point de vue général, qui peut être simpliste : parler de « viol permanent de correspondance », c’est une généralité. Quand on gratte, les choses sont plus complexes, le réel est tiraillé par des procédures, des techniques et des intérêts parfois divergents entre Google, Facebook, la DGSE, la NSA, le GCHQ. Chacun fait son petit métier. Mais cette complexité n’empêche pas la généralité.

Comment faire le tri entre la réalité et le fantasme à tendance complotiste ?

J’ai écrit ces livres parce que je voulais clarifier les choses au-delà de l’accumulation des articles de presse. En replaçant tout cela dans une perspective « historique », on découvre des répétitions, des archétypes. Par exemple, l’idée de placer des portes dérobées (backdoors) dans des logiciels, hardwares ou solutions cryptographiques est une vieille pratique de la NSA.

Je pense par exemple aux cartes SIM de l’entreprise Gemalto. Mais ce n’est que le dernier exemple d’une longue liste d’entreprises qui ont été noyautées par les services américains ! Prenez Crypto AG. C’était une boîte soi-disant suisse qui a commercialisé un dispositif de chiffrement dans les années 50. En réalité, les services secrets américains y avaient probablement placé une « clé dans la clé », qui leur permettait de lire « en clair » les communications qui passaient par ce système. Or, cela n’a été découvert que 30 ans plus tard !

Une fois que vous avez identifié ces pratiques, vous commencez à vous poser des questions sur Tor, ce réseau qui est présenté comme garantissant l’anonymat. Pourtant, il a été développé sur des fonds du Pentagone…

Même l’open source – qui permet à tout un chacun de passer en revue le code à la recherche de failles volontaires ou non – n’est pas une garantie. Des failles subtiles peuvent exister. On peut citer le cas d’OpenSSL dont une première faille majeure de sécurité avait été révélée en 2008 alors que le code était supposé relu par la « communauté ».

Peut-on poser le problème sous l’angle de la souveraineté numérique ?

On va revenir sur cette supposée tension entre les États (l’Europe) et les grands groupes. Mais ce qui est certain, c’est que le vieux rêve libertarien d’un Internet « flottant », un nouveau territoire sans frontières, est une vaste blague. Au cœur du système, nous retrouvons l’État américain.

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Et donc sur cette tension entre l’État et les entreprises ?

Les questions de fond ne sont pas abordées. La donnée – et donc la vie privée – demeure une marchandise. Ce n’est vu qu’en terme de concurrence. « On donne cela aux Américains, pourquoi ne pas le garder pour nous ? » C’était bien visible lors des premiers débats sur le Big Data, ce tas d’or de l’économie numérique. Ce fut le cas également, lors de la révision avortée de la directive européenne sur les données privées. La présidente de la Cnil expliquait alors que l’Europe avait « intérêt à constituer un marché unique des données personnelles ». S’ensuivaient des recommandations pour encadrer la collecte et l’utilisation de ces données, mais c’est bien le postulat de départ qui pose problème. Parler de « marché unique des données » revient à accepter la marchandisation des données.

Mais vous ne pouvez pas nier que des institutions publiques entreprennent de limiter l’intrusion dans la vie privée ?

Pour l’instant, je constate que rien ne bouge. On pourrait même considérer que les choses empirent avec la loi sur le renseignement. Des gens se battent, mais la réglementation n’évolue pas. Les boîtes privées font du tam-tam – « On refuse cela, ceci » –, mais la collecte continue.

Mais est-ce qu’on n’exagère pas le pouvoir de ces entreprises ? La vie ne se résume pas en données, les robots ne nous « comprennent » pas. Est-ce que cette limite n’est pas notre meilleure protection ?

Des gens vous disent qu’il suffirait de développer ses propres robots pour balancer de fausses infos dans les serveurs et les inonder. C’est mal connaître ces technologies. Certes il y a beaucoup d’erreurs, mais les algorithmes sont puissants. C’est pour cela que je ne crois pas en une solution purement technologique. À supposer qu’elle soit possible, pour toutes sortes de raisons elle serait très difficilement inaccessible à la grande majorité de la population. La solution ne peut être que politique.

Donc vous ne croyez pas en la « dégafamisation », le fait de se retirer de Google, Facebook, Twitter, etc. ?

Ça ne me parait pas pertinent. Il faut simplement être réaliste. On le dit en blaguant, mais les agents russes seraient revenus à la machine à écrire. À partir du moment où l’on sait que c’est « visible », vous n’y mettez pas votre intimité. Ce qui ne veut pas dire que vous ne pouvez pas mener un combat pour les libertés. Ce n’est pas de la résignation.

Mais vous ne choisissez pas forcément. Un smartphone peut être indispensable à une vie professionnelle et cafter sur vous grâce à la géolocalisation…

Oui.

Vous avez un compte Facebook ou Gmail ?

Non. On ne va quand même pas leur faciliter le travail. Ce n’est pas parce que je ne suis ni agent secret, ni trafiquant, ni terroriste que je dois accepter que l’on fouille continuement dans mes tiroirs. C’est une sensation très désagréable…

Le fait de se « retirer » peut paraître suspect : « Pourquoi cette personne a-t-elle demandé à flouter sa maison sur Street View ? »

C’est pour cela que le droit à l’oubli est pour moi une imposture. On garde la trace de la gomme. Or, si vous voulez effacer un élément, c’est que vous avez quelque chose à vous reprocher. Vous êtes un citoyen en permanence mis en examen. C’est aussi pour cela que la surveillance touche tout le monde. Votre choix individuel engage les autres.

Vous semblez craindre une nouvelle inégalité : entre ceux qui auront les moyens de protéger leur vie privée (crypto, e-réputation) et les autres…

Il y a deux aspects. Le premier est celui du rapport de force. Nous sommes confrontés à des organisations qui regroupent les meilleurs mathématiciens de la terre. Imaginer qu’un groupe d’individus est capable de s’opposer à eux en permanence me paraît illusoire. Mais supposons que des individus créent des solutions de protection. Ce seront des technologues, des personnes qui ont la maîtrise des outils. Allez expliquer cela à Mme Michu… C’est aussi pour cela que les gens sont cyniques et baissent les bras.

OK, il faut réguler, mais vous venez d’expliquer que les États n’y ont pas réellement intérêt...

Oui. Nous sommes en opposition, c’est clair.

Vous parliez de « poison lent » tout à l’heure. Comment expliquer ce paradoxe de la vie privée : les gens savent que leurs données et métadonnées sont moulinées par des boîtes privées, mais ils ne semblent pas s’en soucier. C’est de la mithridatisation ou un calcul coûts/avantages ?

C’est tout bête. Il faut être confronté à un danger pour en prendre conscience… Il y a un rapport entre l’usage et le danger qui est encore favorable à l’usage. Et les gens s’habituent peu à peu à cette intrusion. Mais je pense que la prise de conscience se fera en cas de gros pépin, dans un moment de tension très important. Je pense à la loi sur le renseignement, qui pourrait s’appliquer en « prévention des atteintes à la forme républicaine des institutions, des violences collectives de nature à porter atteinte à la sécurité nationale »… Imaginez cela en mai 68 ou pendant les grèves de 95 …

Vous suggérez aussi que cette surveillance est dans la culture américaine…

C’est très lié aux racines calvinistes profondément ancrées dans la culture américaine : l’individu est sous le regard de Dieu à travers celui de sa communauté. Or la religiosité a toujours été associée à la technologie aux États-Unis. C’est un vaste sujet… Le concept de technologie est un pur produit étatsunien du XIXe siècle. Il n’y a qu’à voir aujourd’hui les présentations d’Apple, le surnom que se donnent les « évangélistes ».

Le « Grand Réveil » aux USA s’est largement appuyé sur les technologies de l’époque – télégraphe, chemin de fer, bateau à vapeur – pour faire son « œuvre salvatrice. » L’image de la toile d’araignée (le web) était déjà utilisée à l’époque pour parler du télégraphe, et certaines personnes rêvaient déjà de prendre le pouls de la population en écoutant ce réseau.

Et cela se diffuserait en France, dans une espèce de « soft Power » de la surveillance ?

En rencontrant notre propre culture de la transparence, celle que décrit Foucault, la pulsion panoptique : « Les Lumières qui ont inventé les libertés ont aussi inventé les disciplines. » Seul le sommet de la pyramide est dans l’opacité, tout le reste est sous le regard des autorités.

Les débats que nous avons eus lors du projet de loi sur le renseignement font écho à une très vieille histoire. Il suffit de relire le débat en pleine révolution française entre le député Gouy d’Arcy, qui avançait que « dans un état de guerre, il est permis de décacheter les lettres » et Mirabeau qui lui opposait que « les complots ne circulent pas par les courriers ordinaires » et que ce n’est pas digne d’un peuple « qui veut devenir libre d’emprunter les maximes et procédés de la Tyrannie. »

( source )
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La police espagnole propose un contrat familial sur le numérique

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On savait la police nationale espagnole en pointe sur les questions numériques. Depuis mars 2009, elle est dotée d’un compte Twitter très suivi (1,58 million de followers à ce jour, beaucoup plus que le compte du FBI), qui fait l’objet d’une vraie stratégie communicationnelle et diffuse des informations dans un style tout à fait adapté aux réseaux sociaux (dramatique, blagueur ou énigmatique selon les circonstances). Ces informations concernent le travail de la police en général ou sont parfois des appels à la vigilance collective, avec une attention particulière aux problématiques numériques.

Voir le document

(Fichier PDF)

En ce dimanche, une nouvelle initiative un peu étrange a été rendue publique. La police espagnole propose l’établissement d’un contrat [PDF] entre les parents et les enfants sur le bon usage des téléphones portables, tablettes, ordinateurs et autres outils connectés.

La police précise :

« Il s’agit d’une proposition du groupe Réseaux sociaux de la police nationale pour les parents et leurs enfants mineurs de moins de 13 ans afin qu’ils établissent avec eux quelques règles de bon usage (sûr, privé, respectueux) de leur smartphone, tablette, ordinateur ou autre outil connecté au moment d’acheter un nouveau gadget à leur enfant. »

Les règles

Parmi les points de ce contrat :

  • aller acheter ensemble l’outil ;
  • installer ensemble les logiciels et applications ;
  • si le nouvel usager est encore petit, installer des filtres parentaux d’un commun accord. De toute façon, installer des anti-virus, n’installer que des programmes aux sources vérifiées, installer des programmes ou applications qui permettent de récupérer les contenus effacés et oblitérer l’œil de la webcam pour prévenir d’un usage malveillant ;
  • respecter les règles d’usage de l’établissement scolaire ;
  • s’engager à avoir un usage respectueux des règles à la maison (dans quelle pièce ? à quelle heure ? avec quel niveau sonore ? etc.) ;
  • jusqu’à un âge fixé ensemble, le nouvel usager s’engage à faire connaître à un adulte de confiance ses identifiants et mots de passe (mails, comptes des réseaux sociaux etc.) et à utiliser son mobile, ordinateur ou tablette dans un lieu accessible à tous ;
  • les parents s’engagent à ne lire que le strict minimum et à respecter l’intimité du nouvel usager et à comprendre que celui-ci, tant qu’il respecte les règles ci-dessus, doit pouvoir bénéficier de son espace propre pour discuter avec ses amis ;
  • parents et enfants s’engagent à ce que ce contrat soit évolutif, et que les règles visent à s’assouplir, en fonction de l’âge et des preuves de bon usage ;
  • les réseaux sociaux et autres plateformes nécessitent d’avoir un âge minimum, le nouvel usager s’engager à le respecter ou partager son profil avec ses parents ;
  • dans ses relations en ligne (réseaux sociaux ou jeux), le nouvel usager s’engage à n’ajouter que des gens qu’il connaît dans la vie réelle, à se méfier de ce qu’on lui raconte et à éviter de confier des données personnelles ;
  • à demander de l’aide à un adulte en case de problème ;
  • ne mettre ou partager aucune photo (de lui ou de ses proches) qui puisse être inappropriée ;
  • la nuit, mettre à charger l’appareil dans une pièce commune, hors de la chambre ;
  • connaître les règles de fonctionnement de chaque appli ;
  • éviter des contenus offensants pour d’autres…

Mention particulière à la règle 19, et avant-dernière :

« Ce sera le nouvel usager qui dominera la technologie, et NON L’INVERSE : il évitera les addictions et la connexion permanente et addictive à un jeu, un tchat, un forum… Connecte-toi à la vie réelle ! »

Et la dernière :

« L’utilité, le respect et l’usage intelligent, légal, responsable, sûr, privé et rationnel de la technologie devront être à la base de toute décision concernant le nouvel outil. PROFITES-EN BIEN ! »

On peut évidemment regretter le ton assez défensif de ces règles (et sans doute illusoire aussi). Mais elles relèvent d’un certain bon sens.

Que ce soit la police nationale qui propose les termes d’un contrat entre parents et enfants, c’est un peu plus bizarre. Il s’agit d’une « proposition », dit le document. Encore heureux.

Services internet en fleur (mkhmarketing/Flickr/CC)

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Pourquoi l’Etat va subventionner les jeux vidéo violents

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Il y a ceux, comme le député PS Jacques Cresta, qui croient discerner un lien entre les jeux vidéo dits violents et les attentats de janvier 2015. Et puis il y a le gouvernement, qui s’apprête à réformer les subventions accordées à l’industrie du jeu vidéo, de manière à y inclure les jeux destinés aux plus de 18 ans, qui en étaient jusqu’à présent exclus.

La secrétaire d’Etat au numérique, Axelle Lemaire, a annoncé mercredi 29 avril sur son compte Twitter avoir apposé sa signature à un décret en ce sens, qui fait suite à deux amendements votés en décembre 2013 et dont l’industrie attend toujours la mise en application.

  • Quels jeux sont concernés ?

Le gouvernement est sur le point d’élargir le dispositif de crédit d’impôt aux « jeux vidéo spécifiquement destinés à un public d’adultes et qui sont commercialisés comme tels, sous réserve du caractère significatif de leur contribution au développement et à la diversité de la création française et européenne ».

Concrètement, les jeux vidéo français étiquetés « + 18 » par l’organisme de classification européen, le PEGI, pourront désormais bénéficier d’une prise en charge de leurs coûts de développement à hauteur de 20 % de ceux-ci. Des titres comme Dishonored (développé par les Français d’Arkane Studios), Heavy Rain (Quantic Dream), ou encore ZombiU (Ubisoft Montpellier) auraient été concernés si la mesure avait été en place au moment de leur développement.

  • Le décret est-il d’ores et déjà effectif ?

Pas encore. Il le sera lorsque à la signature d’Axelle Lemaire se seront ajoutées celles du secrétaire d’Etat au budget, Christian Eckert, du ministre des finances, Michel Sapin, et du premier ministre, Manuel Valls. « Tout le monde est d’accord, mais pour des raisons un peu obscures, cela avance trop doucement » déplore Guillaume de Fondaumière, président du syndicat national du jeu vidéo et le directeur du studio Quantic Dream. Ce dernier rappelle que sous la pression de son industrie, le Québec a récemment relevé son dispositif de soutien aux jeux vidéo par un crédit d’impôt à 37,5 %.

Lire : Le Québec ne veut pas perdre l’industrie du jeu vidéo (abonnés)

  • Pourquoi financer des jeux vidéo dits violents ?

Essentiellement pour des raisons économiques : la France, qui comptait à la fin des années 1990 parmi les principaux producteurs mondiaux de jeux vidéo, a depuis reculé au huitième rang, tandis que le Québec drainait les talents hexagonaux, jusqu’à s’imposer aujourd’hui comme la plus grosse usine à blockbusters du monde.

Le Québec a bâti son industrie sur une politique fiscale agressive. C’est la raison pour laquelle la France a mis en place un système similaire, quoique de moindre ampleur, en 2007. Néanmoins, ce dernier n’a eu qu’un impact limité, car les jeux vidéo « +18 », qui correspondent souvent aux grosses productions générant le plus d’emploi et de ventes, en sont exclus.

Lire aussi : Non, la France n’est pas le deuxième producteur mondial de jeux vidéo

  • Quel est le poids commercial des jeux « + 18 » ?

De GTA V à Assassin’s Creed Unity en passant par Watch Dogs, sept des jeux vidéo les plus vendus en France en 2014 (en valeur) sont estampillés « PEGI 18 », selon un rapport du Syndicat des éditeurs de logiciels de loisir (Sell), et ceux-ci représentent un tiers des ventes au total.

Selon le classement hebdomadaire du Sell, les meilleures ventes actuelles sont une fois encore réalisées par des titres réservés aux adultes (GTA V, Mortal Kombat X) ou aux plus de 16 ans (Bloodborne), seuls les meilleurs titres Nintendo et PS Vita faisant exception.

Or la France compte quelques gros studios, comme Quantic Dream (Heavy Rain, Beyond : Two Souls), et surtout Arkane (Dishonored) qui ont été remarqués sur la scène internationale pour des jeux vidéo à grand budget classés « +18 », et qui menacent de délocaliser leur production.

  • Les jeux vidéo « +18 » sont-ils si violents ?

Selon le descriptif du PEGI, cette classification s’applique « lorsque le degré de violence atteint un niveau où il rejoint une représentation de violence crue et/ou inclut des éléments de types spécifiques de violence », et de manière générale, « les représentations de violence qui donnent au spectateur un sentiment de dégoût ».

La production de jeux adultes est hétérogène et certains de ces titres sont bel et bien capables de susciter un sentiment de malaise par leur violence morale gratuite.

Lire aussi : Non, les jeux vidéo ne forment pas des djihadistes, mais…

Néanmoins, il serait exagéré de réduire l’ensemble de la production estampillée « +18 » à ces cas extrêmes. ZombiU est avant tout un simple jeu de zombie, Mortal Kombat patauge depuis longtemps dans l’humour gore, et des jeux de guerre d’apparence bas du front cachent parfois des vraies réflexions pacifistes, comme Spec Ops : The Line.

L’organisation reconnaît elle-même que « la violence crue est la plus difficile à définir, car, dans de nombreux cas, elle peut être très subjective ». En l’occurrence, le système de classification des jeux vidéo est beaucoup plus sévère que celui des films. Le long-métrage Quantum of Solace est classé « tous publics » tandis que son adaptation en jeux vidéo avait été estampillée « déconseillé aux moins de 16 ans ». De même, Alien : le huitième passager avait été interdit aux moins de douze ans, alors que le récent jeu vidéo Alien : Isolation, qui lui fait immédiatement suite et s’inscrit dans sa continuité, a lui hérité d’un logo « PEGI 18 ».

« Le système de classification français des films est l’un des moins sévères au monde, épingle Guillaume de Fondaumière, alors que le PEGI, qui est un organisme paneuropéen, est ajusté sur les critères des pays les plus stricts, en l’occurrence l’Islande. »

Et de citer l’exemple de Heavy Rain, un jeu d’enquête inspiré des séries américaines qui a hérité d’un « PEGI 18 » en Europe et d’un label « +15 » par l’organisme équivalent australien. En France, Quantic Dream en avait commercialisé une version édulcorée d’une scène d’interrogatoire interprétable comme de la torture, afin de bénéficier d’un classement « +16 » et des crédits d’impôt attachés.

  • Tous les jeux violents seront-ils éligibles ?

Non. Les jeux vidéo pornographiques ou d’une violence jugée extrême, à partir d’un système de malus, ne rentreront pas dans le cadre de nouvelle version du crédit d’impôt.

L’évaluation des jeux recevables au dispostif repose en effet sur un ensemble de critères apportant des points au dossier (par exemple, la présence d’un scénario, des mécaniques de jeux originale, des textes dans plusieurs langues européennes ou encore des dépenses artistiques équivalentes à 50 % du budget). La violence sera motif de retrait de point lorsqu’elle présentera, selon le décret, un caractère « disproportionné et gratuit » ou « cru et détaillé dans un environnement visuellement réaliste ».

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Meerkat, Periscope : les droits que vous risquez de piétiner

Montage des logos de Meerkat et de Periscope
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Les nouvelles applications Meerkat et Periscope, qui permettent de diffuser en instantané une séquence vidéo, sans besoin de la télécharger au préalable, à toutes les personnes de son réseau social, suscitent des problématiques juridiques multiples.

Making of
Ces dernières semaines, les applis de streaming live ont fait grand bruit, d’abord Meerkat puis Periscope, la riposte de Twitter. Les premiers commentaires ont porté sur la technologie, les usages, la guerre des applis. Reste la question légale, que pose ici maître Vanessa Bouchara, avocate et spécialiste des questions de propriété intellectuelle. Une pièce dans un débat qui ne fait que commencer… Rue89

Tout d’abord, une première problématique est celle du droit à l’image des personnes, y compris des personnalités.

En effet, le droit à l’image permet à une personne, célèbre ou non, de s’opposer à la diffusion, sans son autorisation expresse, de son image.

Si la vidéo diffusée dans le cadre de ces applications comporte l’image d’une personne, celle-ci pourrait légitimement considérer que cela porte atteinte au droit dont elle dispose sur son image. Ainsi, elle pourrait solliciter la cessation de la diffusion de la vidéo et une réparation du préjudice subi auprès des tribunaux.

Or, en raison de l’instantanéité de la diffusion, l’atteinte est quasiment irrémédiable et la preuve de l’atteinte pourrait être difficile à apporter.

Diffusion sauvage d’événements

Par ailleurs, la transmission en instantané via ces applications d’événements culturels ou sportifs est également susceptible de poser des difficultés.

Ainsi, les droits d’exploitation détenus par les organisateurs d’événements sont généralement concédés à des chaînes de télévision publiques et privées qui obtiennent, moyennant des contreparties financières significatives, le droit de diffusion.

Étant donné les enjeux financiers et les sommes investies, la diffusion sauvage risque de remettre en cause le schéma et les sommes en jeu en ce que les diffuseurs pourraient ne pas régler les mêmes sommes aux organisateurs en contrepartie des contrats d’exclusivité sur ces droits de diffusion.

Montage des logos de Meerkat et de Periscope

Montage des logos de Meerkat et de Periscope

Il y a quelques mois, la Ligue de football professionnel (LFP) menaçait d’assigner Twitter, qui venait de racheter l’application Vine, en considérant que la diffusion d’images de matches lui portait préjudice et ne pouvait pas se justifier par le droit à l’information.

Selon la LFP, la transmission via le réseau social Twitter lui causait un préjudice qu’elle évaluait à 10 millions d’euros.

Aujourd’hui, c’est une nouvelle étape franchie avec les applications Meerkat et Periscope qui vient également d’être rachetée par Twitter.

Il est fort probable que la Ligue et d’autres organisations sportives dont les évènements génèrent de très importants revenus ne se contentent pas d’annoncer une action mais décident réellement d’assigner ces nouvelles applications et le réseau social Twitter qui les diffuse.

Des brouilleurs sur les stades ?

En effet, ces organisateurs, en concédant des exclusivité de diffusion, ont l’obligation de tout mettre en œuvre pour empêcher qu’il ne soit porté atteinte à cette exclusivité.

Outre une action judiciaire, les organisateurs pourraient envisager de mettre en place des brouilleurs sur les stades et les lieux dans lesquels se dérouleront les évènements, mais cela peut s’avérer compliqué en pratique. Autre solution envisageable, faire souscrire à leurs spectateurs des conditions générales d’utilisation de billets menaçant d’exclusion les personnes filmant les événements, mais cela ne sera sans doute pas suffisant.

Enfin, ces nouvelles applications risquent d’intervenir dans le cadre de délits plus graves tels que la pédophilie, l’incitation à la haine raciale, etc.

Il y a en effet une sorte d’émulation créée avec les commentaires instantanés sur la vidéo. Ainsi, sur une vidéo postée sur Periscope, un conducteur roulait à 150 km/h et les commentaires l’incitaient à aller encore plus vite.

source :  Rue89

Petits meurtres entre applis autour de la vidéo en streaming

Vue de New York en hélicoptère avec Meerkat et Periscope (Anthony Quintano/Flickr/CC)
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Les batailles d’entreprises avec coups bas et concurrence déloyale se menaient autrefois entre compagnies pétrolières ou financières ; elles se déroulent aujourd’hui entre applications mobiles, avec le même enjeu, chiffrable en millions et même milliards de dollars.

En l’espace de quelques jours, deux applis particulièrement innovantes, Meerkat et Periscope, se sont menées une telle bataille, et la seconde, appartenant au réseau social Twitter, a gagné par KO.

Meerkat (capture)

Meerkat (capture)

Le terrain d’affrontement est particulièrement prometteur : le streaming vidéo, c’est-à-dire la possibilité pour tout un chacun de devenir sa propre chaîne de télévision en transmettant en direct à ses amis un événement politique, social, culturel ou privé. La possibilité existait déjà, mais ces applis l’ont rendue simple comme un clic.

Ces dernières semaines, Meerkat était l’appli dont tout l’univers du Web parlait, d’abord aux Etats-Unis, puis en Europe. Je l’ai testée la semaine dernière lors d’un colloque sur les « médias de demain », et j’ai été conquis par sa simplicité d’usage. Ma retransmission de la présentation d’un intervenant était retransmise sans effort aux abonnés de mon compte Twitter.

Pluie d’argent sur Meerkat

Aussitôt, l’argent se précipita sur la start-up Meerkat, sans même se demander comment cette appli pourrait générer des revenus, ou se poser des questions sur la viabilité de son modèle. Meerkat annonçait jeudi 26 mars avoir « levé » 14 millions de dollars de la part de capitaux-risqueurs, et même un investissement de l’acteur et musicien Jared Leto

L’appli Periscope de Twitter (capture)

L’appli Periscope de Twitter (capture)

Mais le jour même, la contre-attaque de Twitter débarquait sur l’App Store et autres kiosques d’applications (uniquement pour appareils Apple, sous iOS, mais des versions Android ne devraient guère tarder), avec Periscope, offrant à peu près le même service. Sauf que pour asseoir sa domination, Twitter, qui avait investi quelque 100 millions de dollars pour racheter Periscope quelques mois plus tôt, bloquait de fait l’accès de Meerkat sur son réseau social, tuant en pratique son concurrent !

En 24 heures, le nombre de téléchargements de Periscope rattrapait et dépassait celui de Meerkat. A en juger par le nombre d’occurences sur Twitter, Meerkat a entamé sa chute vertigineuse (voir graphique).

Téléchargements Periscope vs Meerkat (Topsy via Twitter)

Téléchargements Periscope vs Meerkat (Topsy via Twitter)

Twitter a tué son concurrent

Sans accès à un réseau social comme Twitter, Meerkat perd évidemment beaucoup de son intérêt car pour partager ses images, il faut un « lieu ». Avec sa force de frappe mondiale, Twitter a dès lors la possibilité de « tuer » le concurrent, en toute légalité.

L’intérêt de ces applis de streaming est évident, et certains commentateurs américains lui voient déjà jouer un rôle important dans la prochaine élection présidentielle aux Etats-Unis. Pour le Washington Post, cité par le blog Méta-Médias :

« Les candidats vont periscoper leur campagne. Les parlementaires vont periscoper leurs insta-déclarations en direct du Capitole. »

Le même phénomène pourrait se produire en France, évidemment. Les premiers tests hésitants ont même eu lieu dimanche soir, lors du deuxième tour des élections départementales.

Comme l’a relevé le site Slate.fr, Nicolas Sarkozy l’a expérimentée à ses dépens. Le staff du président de l’UMP, qui se voulait pionnier de cette nouvelle technologie, n’avait pas prévu que les commentaires qui apparaissent en direct sur le flux vidéo viendraient tuer l’effet escompté…

Le flux Periscope de Nicolas Sarkozy dimanche 29 mars 2015 (capture Slate.fr)

Le flux Periscope de Nicolas Sarkozy dimanche 29 mars 2015 (capture Slate.fr)

L’enjeu va au-delà de la politique : le marketing peut s’en emparer pour les lancements de produits, surtout pour les marques qui ont déjà une forte présence sur les réseaux sociaux.

Casse-tête des droits

On imagine aussi le casse-tête qui va se présenter pour les événements couverts par des droits d’auteur ou des exclusivités, matches sportifs, concerts, événements privés… Va-t-il falloir laisser son smartphone à l’entrée, ou équiper les lieux de spectacles et les stades de systèmes pour couper le réseau ?

Ce n’est que le début de l’expérimentation de ce nouveau champ de conquête des internautes. Pas question, pour les acteurs de ce marché, de rater leur entrée, même si c’est au prix du « meurtre » de leur concurrent…

source :  Rue89

Comment les Français s’informent à l’heure des réseaux sociaux

Comment les Français s'informent à l'heure des réseaux sociaux
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Du 20 heures à Twitter : les réseaux sociaux bousculent l’info. L’Observatoire Orange-Terrafemina, dont la huitième vague est consacrée aux nouveaux modes de consommation de l’information montre que plus de 7 Français sur 10 consultent l’information sur Internet, via des portails d’actualité généralistes, des sites de grands médias ou de « nouveaux entrants » tels que Rue89.

Plus d’un tiers d’entre eux (et la moitié des moins de 35 ans) commente des articles et diffuse des liens sur les réseaux sociaux.

« Rien ne se perd tout se transforme »

Un clavier. (Marcie Casas/Flickr/CC)

Un clavier. (Marcie Casas/Flickr/CC)

Malgré la transformation profonde de la cartographie des médias à laquelle nous assistons, les nouveaux entrants au lieu de prendre la place des anciens, se combinent à eux et trouvent leur propre place…

Au-delà des effets de mode, les blogs, Twitter, Facebook et les autres trouvent leur place… Une recomposition permanente où chaque média, comme dans un grand orchestre – parfois cacophonique il faut le reconnaître ! – joue sa partition.

Même si certains ont prédit ces temps-ci la mort définitive des journaux en 2040, nous n’assistons pas à une apocalypse prédit mais à un mix de Héraclite (« tout bouge ») et de Parménide (« rien ne change ») : un mélange de permanence et de mouvement.

Parce que si l’affaire DSK a éclos via un tweet, c’est bien au « sacro saint 20 heures » que le principal intéressé est venu s’expliquer…

Éloge de la diversité

Il existe dans le public une soif d’information toujours plus forte. Une soif qui tourne parfois à l’addiction… au risque de la schizophrénie. Mais contrairement à l’idée reçue que le public serait perdu face à la diversité de l’offre – « l’avalanche d’infos » que critiquent certains – , ils semblent plutôt l’apprécier et en jouer habilement…

Les « consommateurs » de l’actualité ont instinctivement le mode d’emploi. Ils savent parfaitement quoi attendre d’un canal d’information et composent leur propre Paysage Audiovisuel Personnel (PAP)… Dans lequel, ils sont à la fois récepteurs et émetteurs.

De la même manière qu’ils ont une capacité à décrypter aujourd’hui les dispositifs de communication révélant des qualités de sémiologues aguerris, ils savent décoder instinctivement chaque canal.

Nul n’est propriétaire de ses lecteurs. On peut écouter une radio le matin, consulter le site Orange actu et celui de Rue89 et d’autres encore, suivre Twitter comme un télescripteur, lire un ou plusieurs quotidiens, regarder une chaîne d’informations en continu et le journal de 20h… De fait, la diversité est une richesse

« Il faut que tout bouge pour que rien ne change »

Plus que jamais il y a un besoin de repères, un besoin de marques transmédias fortes avec journalistes. Dans cette nouvelle combinatoire élargie, le public a toujours besoin de repères. C’est l’élément invariant dans ces grands bouleversements.

D’où le succès des grandes marques d’informations. Derrière de réelles réussites marketing, les journalistes constituent plus que jamais les garants de l’information en perpétuant au sein des grands bouleversements leur savoir-faire unique : vérification des informations, croisement des sources, contextualisation et hiérarchisation…

Et c’est rassurant de voir que le public – toutes générations confondues – reconnaît toujours et encore cette valeur ajoutée indispensable.

source :  Rue89