[Dossier] Attentat de Nice : Les médias entre indécence et propagande

[Dossier] Attentat de Nice : Les médias entre indécence et propagande
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Source : Ojim.fr – L’attaque de Nice n’aura pas échappé à la règle. Comme après chaque attentat, les chaînes d’information en continu et les autres médias ont reproduit un schéma désormais habituel : on commence par rater la couverture de l’événement, on continue en passant à côté des conclusions à tirer, puis on termine en beauté par la désignation du coupable idéal.

Ne retenant aucune leçon du passé, alors que dans la France de 2016, les attentats sont devenus une occasion fréquente de redorer ses statistiques d’audience, nos médias continuent à s’enfermer dans une idéologie coupée du réel qu’ils sont censés couvrir…

Phase 1 : rater son direct

S’il y a bien une chose que la plupart des téléspectateurs retiendront de cette triste nuit du 14 juillet, c’est que l’épisode « attentat terroriste » a commencé par un beau feu d’artifice. Bien que cela soit assez paradoxal, c’est en effet sous la forme de simples bandeaux diffusés sous les images du feu d’artifice de Paris que les téléspectateurs de BFMTV et i>Télé ont appris la nouvelle. L’information en continu nous a ainsi offert, le temps de longues minutes, cette scène surréaliste où l’on annonce un attentat et des morts dans un décor de fête avec Björk en fond sonore. Un décalage qui a indigné de nombreux internautes alors que l’ampleur de l’attaque était déjà largement connue sur les réseaux sociaux.

Vers 1 heure du matin, lorsque les chaînes d’information en continu ont pu appeler leurs « experts » en terrorisme et que TF1 est passé en mode direct (retransmission de sa filiale LCI), les choses sérieuses ont commencé. Dans la panique, de nombreux médias ne se sont pas gênés pour diffuser des photos trash montrant des corps. Sans aucun doute la chaîne la plus engagée dans cette voie lors de cette soirée, France 2 est allée jusqu’à interviewer un témoin… juste à côté du cadavre de son épouse fauchée par le camion.

Dans un communiqué, la chaîne publique s’est bien vite excusée de cette bourde. Pour le groupe, ces images brutales « n’ont pas été vérifiées selon les usages ». France 2 reconnaît « une erreur de jugement » et jure que « la diffusion de ce type d’images ne correspond pas à la conception de l’information des journalistes des équipes et de l’entreprise ». De son côté, Slate.fr s’interroge sur le caractère peu déontologique consistant à interroger des personnes en état de choc. Dans ce genre de situation, c’est en effet « au journaliste de décider de ne pas faire cette interview ».

Aussi, France 2 a été critiquée pour s’être lancée, avec TF1/LCI, dans une course à qui diffusera le plus, et le mieux, l’image du camion blanc en train de rouler sur la promenade des Anglais. Comble de l’info-spectacle, France 2 s’est vanté de diffuser la vidéo « au ralenti », histoire que les téléspectateurs puissent bien voir les détails… Une vidéo dont la chaîne elle-même ignore par ailleurs la source. « Alors que les comptes des forces publiques comme Place Beauvau nous enjoignaient, à nous internautes, de cesser de diffuser des images du massacre, France 2 contrevenait à toutes ces demandes », déplore Slate.fr.

Concernant LCI, la chaîne du groupe TF1 a carrément diffusé des rumeurs sans aucune vérification ni même précision. Sur les réseaux sociaux, après le drame, des rumeurs de prise d’otage dans un restaurant ont commencé à circuler. Alors que BFM TV et I-Télé se sont bien gardées d’en faire état, faute de sources suffisantes, LCI l’a mentionné en direct sans jamais précisé qu’il s’agissait d’une rumeur totalement infondée. Dans cette soirée, « la palme de l’horreur revient à France 2. La palme de la rumeur à LCI/TF1 », conclut Slate. Enfin, pour dire un mot de BFM TV, on peut mentionner cette publication indécente partagée sur les réseaux sociaux. On peut y lire : « Oui je suis au courant, je regarde BFM TV. » Une manière assez odieuse de faire sa promotion sur des corps encore chauds…

Suite à ces nombreux débordements, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a rappelé les chaînes à l’ordre, les invitant à « la prudence et la retenue, protectrices de la dignité humaine et de la douleur des personnes ».

Phase 2 : couvrir le coupable

Une fois le stade de la couverture en direct passé est venu le moment des analyses à chaud. Tout d’abord, les médias ont excessivement tardé à parler d’acte « terroriste ». Alors que la date était ô combien symbolique et que le mode opératoire ne laissait que peu de doutes, il aura fallu attendre un long moment avant que la piste islamiste, qui sautait aux yeux, soit à peine prononcée du bout des lèvres. Illustration parfaite, jusqu’au grotesque, de cette prudence inhabituelle en d’autres circonstances : le jusqu’au-boutisme d’Alain Marschall. Sur BFM TV, le journaliste a osé déclarer, sans crainte du ridicule : « J’ai l’impression qu’on a plutôt affaire à un déséquilibré, (…) un type qui était ultra-mal dans sa peau. » Et celui-ci d’ajouter, très sérieusement : « Je ne vois pas Daech là-dedans, très franchement. » 10 minutes plus tard, sa propre chaîne annonçait la revendication de l’État islamique. La vidéo vaut le détour :

Autre exemple : ce journaliste d’Europe 1 qui, face à Florian Philippot, a catégoriquement refusé de « faire le lien » entre l’attaque et l’islamisme.

Comme toujours, les journalistes ont rapidement été rattrapés par les faits, implacables. Face à cette impasse, il fallait bien trouver une échappatoire pour continuer à nier sans trop se ridiculiser. Dès lors, il a été question d’insister sur le profil de certaines victimes d’origine arabe. Évidemment, un tueur arabe ne tuerait pas des coreligionnaires ! La preuve, c’est « Fatima » qui est « tombée la première », nous dit Nice-Matin (repris par Le Parisien, le Huffington Post, Closer, L’Express…). Cette mère marocaine de 7 enfants était « forte, debout », et surtout, elle « pratiquait le vrai islam ». Après une soupe émotionnelle de plusieurs lignes, Nice-Matin nous parle d’une autre soupe : celle servie par la Fédération des musulmans du Sud aux sans-abris…

De leur côté, France 3 et FranceTVinfo insistent également sur Fatima, « première victime du tueur ». De façon subliminale, il est question de montrer que les premières victimes du terrorisme ne sont pas les Français mais les musulmans eux-mêmes. Ce qui peut être vrai à l’international finit, concernant la France, par tourner à la propagande grossière.

En première ligne, et de loin, dans ce travail consistant à supprimer tout lien entre l’attentat et l’islam, Libération n’a pas lésiné sur les moyens. Dans une tribune publiée sur leur site, un intellectuel « maroco-néerlandais » estime que c’est « cette médiocrité du Mal qu’il faut analyser au lieu de crier au calife comme on crie au loup ». Pour lui, « l’islam n’est qu’un prétexte » et il est ainsi « inutile de se focaliser sur la question religieuse ». Il est vrai que les actes de terrorisme de masse concernent aussi souvent des musulmans que des catholiques criant « Doux Jésus », crucifix à la main…

Servilement alignés sur les déclarations du gouvernement, les médias se sont ainsi évertués, durant plusieurs jours, à protéger l’islam, innocent par nature. Inlassablement, ces derniers ont répété que le tunisien auteur de l’attentat de Nice mangeait du porc, ne faisait pas le ramadan, buvait, se droguait… il n’était pas un pratiquant parfait, donc l’islam est hors de cause. Pour Jean-Patrick Grumberg, sur Dreuz.info, « même si son mode de vie éloigne Bouhlel de l’islamiste typique, cela ne contredit absolument pas que l’efficacité de l’État islamique est de faire commettre des attentats par des groupes ou des individus avec lesquels il n’a jamais été en contact, et n’a donc jamais participé à l’organisation des attentats, ni logistiquement, ni financièrement, ni tactiquement ».

Mais l’évidence est trop difficile à accepter, et on préférera dès lors parler de « déséquilibré » ayant vécu un divorce difficile. Rien de terroriste là-dedans. D’ailleurs, le 20 avril 2016, France Télévisions ne nous avait-il pas avertis sur le profil-type du terroriste ? Pour le groupe public, un terroriste est un homme portant un béret appelant à « libérer le cassoulet ».

Attention, travail journalistique sérieux :

Phase 3 : bien choisir son bouc-émissaire

Mais alors, si le terrorisme n’a rien à voir avec l’islam, qui est le vrai coupable ? L’extrême-droite, bien-sûr ! Grâce à ses « envoyés spéciaux » à Nice, Libération a pu interroger la communauté musulmane qui « redoute les effets pervers du 14 juillet » dans cette ville qui compte de nombreux « groupes identitaires ». Aujourd’hui, ces braves gens dont la religion n’a rien à voir avec les précédents attentats craignent d’être « montrés du doigt ». Pour les musulmans, « ça va être un handicap de plus pour trouver du travail », confie un témoin interrogé.

Pire : il n’y a « pas si longtemps », une copine de la mère du tueur s’est faite « agresser » par un groupe de jeunes dans le tramway. Elle transportait un gâteau d’anniversaire et « ils lui ont demandé si c’était une bombe et ont mis le gâteau en bouillie ». Tout s’explique ! Pour L’Humanité, même son de cloche : « l’attentat de Nice, la nationalité présumée du tueur, la situation politique, niçoise et nationale, fournissent à la droite extrême un prétexte à préciser ses propositions, amalgamant immigration, terrorisme et identité. » Et le quotidien communiste de dénoncer « la récupération politique de l’attentat de Nice par l’extrême droite » et Marine Le Pen. Ses torts ? Proposer des mesures pour lutter contre le terrorisme et l’islam radical. Quel toupet ! On pensait que seules les bougies et les fleurs étaient efficaces pour faire reculer Daech.

Toujours dans Libération, Jean-Yves Camus craint « une réplique de l’ultradroite » plus que l’organisation de nouveaux attentats. Quid des victimes de l’islam radical, dont la liste s’allonge toujours plus au fil des mois ? Elles sont apparemment déjà oubliées. Désormais, tous les projecteurs de la presse bien-pensante sont tournés vers la « communauté musulmane », première victime de ce drame, et vers la méchante « extrême-droite » qui n’a pourtant tué personne… Et le politologue de citer l’exemple d’interpellations récentes de « skinhead néonazis » à Marseille, qui présentent « une certaine dangerosité, notamment en matière d’atteinte aux biens et aux personnes »… Définitivement, l’extrême-droite est LE défi à venir pour « les groupes de renseignement ». Les terroristes, les vrais, peuvent continuer leurs petites affaires tranquillement.

Le plus urgent, pour nos médias, c’est cette « parole raciste qui se libère » (Le Parisien). Face au carnage du 14 juillet, de nombreux niçois expriment leur ras-le-bol par des mots très durs à l’encontre de l’immigration de masse imposée à la France depuis des décennies. Pour Le Parisien, comme pour d’autres, cela ne peut être que l’expression d’un racisme latent, maladif. Heureusement, le quotidien a trouvé « Sylvie » pour venir conclure son article sur une note d’espoir : « Ce que je retiens, moi, c’est que des innocents regardaient le ciel pendant le feu d’artifice et qu’ensuite ils sont montés au ciel à cause d’un humain pire qu’une bête. »

À n’en pas douter, nos médias ont, depuis le 7 janvier 2015 et le massacre de Charlie Hebdo, mis en place une mécanique aujourd’hui bien rodée. L’indécence d’abord, course à l’audience oblige, la manipulation ensuite, pour terminer avec la propagande pure et simple. Une mécanique aussi malhonnête que coupée du réel qui, si le train des événements continue ainsi sa route, ne fonctionnera plus pour très longtemps.

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Brexit : Bruno Donnet dénonce le « prosélytisme journalistique »

Brexit : Bruno Donnet dénonce le « prosélytisme journalistique »
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Source : Ojim.fr – Dans sa chronique du 27 juin 2016 sur France Inter, Bruno Donnet est revenu sur le traitement médiatique du Brexit par les médias français, un traitement qu’il juge totalement partial.

Après le référendum britannique pour la sortie de l’Union Européenne, remporté par le camp du « Leave », l’élite médiatique s’est réveillée avec une sérieuse gueule de bois. Lui même pro-européen, Bruno Donnet n’a pour autant pas pu passer à côté d’un constat évident : le prosélytisme régnait. En regardant les JT de la mi-journée de TF1, France 2 et France 3, l’éditorialiste a révélé un traitement particulièrement déséquilibré.

Sur toutes les chaînes, un vocabulaire catastrophiste, des témoignages d’Anglais médusés, assommés. Bien-sûr, quelques Anglais heureux de ce résultat ont eu la parole, mais de façon tout à fait minoritaire. En résumé, les rédactions ont, ce jour-là, voulu traduire leur propre effarement en optant pour un angle dramatique.

Pour Bruno Donnet, appartenant à la fois au milieu journalistique comme au camp des européistes, cet épisode montre que « contrairement à ceux qui les écoutent, à la population qui est extrêmement partagée sur la question européenne (…), ceux qui fabriquent l’information, les journalistes, sont très majoritairement pro-européens. Ce faisant, ils sont esclaves de leurs émotions et c’est ainsi qu’ils véhiculent, à grandes longueurs d’antenne, un discours qui est de plus en plus éloigné de ce que pense au moins la moitié, peut-être plus, de ceux qui les écoutent. »

Et l’éditorialiste de conclure en jugeant que cela « pose le problème de la représentativité de ceux qui transmettent à un auditoire auquel ils ressemblent de moins en moins ».

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Voir aussi

Notre dossier sur les réactions médiatiques au Brexit.

Médias et terrorisme : poser ou ne pas poser les questions qui fâchent ?

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Une première dans la médiasphère, en Belgique le 15 novembre : un journaliste, Christophe Deborsu, sur la Chaîne RTL TV1, menace d’exclure du plateau un écrivain d’origine turque vivant en Belgique, Bahar Kumyongur, s’il persiste a vouloir démontrer que Daesh et les mouvements djihadistes sont soutenus par les occidentaux.

Face aux protestations de l’expert turc, le journaliste répond tranquillement : « effectivement, Monsieur Kumyongur, vous êtes un peu muselé puisque vous racontez des choses qui ne me conviennent pas… ». Les invités des médias n’auraient-ils donc le droit de parler que dans la mesure où ce qu’ils racontent convient au journaliste qui les invite ? Cela a au moins le mérite de la franchise.

Scénario plus ou moins similaire, en un peu moins brutal, sur France 2, le 19 novembre. L’expert en djihadisme Mohammed Sifaoui, se fait sèchement remettre à sa place par Julian Bugier parce qu’il s’étonne de la contradiction apparente du système qui consiste, au nom de la laïcité, à déplorer la prolifération du voile et du foulard islamique dans l’espace public, tout en faisant de la mère d’un des jeunes parachutistes assassinés par Mohamed Merah, une icône de la tolérance qui va porter la bonne parole laïque dans tous les collèges et lycées de France. Or cette femme, ostensiblement, porte le foulard islamique. « Ce débat n’a pas sa place sur ce plateau », lance un Julian Bugier visiblement agacé. Face à l’insistance de Sifaoui qui veut aller jusqu’au bout de son idée, le journaliste de France 2 rétorque, afin de clore le débat : « c’est un avis très personnel, je pense que tout le monde ne partage pas votre analyse ». Il faudrait donc pour venir commenter l’actualité, donner un avis qui ne soit pas personnel et qui corresponde, autant que possible, à ce que « tout le monde » pense ?

Au-delà de l’effet de sidération des images, des commentaires en boucle et des slogans émotionnels, examinons quelques questions que l’on n’a pas vraiment vu émerger dans le concert médiatique. Des questions auxquels les responsables politiques et les faiseurs d’opinion ne devraient plus pouvoir échapper :

Pourquoi les frontières jusque-là présentées, au mieux comme inutiles, et souvent comme dangereuses, deviennent soudain une condition indispensable de notre sécurité ?

Pourquoi la Hongrie a-t-elle subi une telle avalanche de condamnations morales pour avoir fermé ses frontières à la vague migratoire, alors que l’on nous explique maintenant que Schengen ne fonctionne pas parce que les pays qui ont des frontières hors UE ne respectent pas leurs engagements européens de contrôler ces frontières ?

Pourquoi le gouvernement français s’est-il acharné à exiger le départ de Bachar el-Assad comme préalable à toute négociation ? Pourquoi a-t-il refusé d’échanger des informations avec les services syriens sur les terroristes français présents en Syrie ?

Pourquoi les Américains et leurs alliés occidentaux n’ont militairement pas ébranlé Daesh après plus d’un an de bombardements intensifs qui se sont traduits, nous dit-on, par plus de 4000 attaques sur les positions de l’Etat islamique ?

Pourquoi n’a-t-on pas averti les Français que plus de 10 000 activistes étaient fichés S ? Pourquoi a-t-il fallu attendre les massacres du 13 novembre pour lancer des centaines de perquisitions dans les zones à risque afin de retrouver des armes de guerre et d’interpeller des dizaines d’activistes ?

Pourquoi, dans le même ordre d’idée, ne donne-t-on pas aux Français une idée précise de la situation des mosquées au regard de l’influence des groupes fondamentalistes ?

Pourquoi un terroriste potentiel pouvait-il travailler comme machiniste à la RATP sans jamais être signalé? Alors que certains experts évoquent les risques d’infiltration dans le personnel des centrales nucléaires et la présence manifeste de réseaux fondamentalistes parmi les employés des aéroports, une dernière question : pourquoi les gouvernements successifs ont-ils laissé ce type de situation se créer ?

Une liste non exhaustive de questions que chacun peut compléter à sa guise On attend la réponse des médias.

C’est officiel : Philippe Verdier a été licencié par France 2

C'est officiel : Philippe Verdier a été licencié par France 2
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Source : Ojim.fr – Fin de partie pour Philippe Verdier à France 2. Malgré la couverture médiatique de son affaire et la pétition lancée pour tenter de sauver son poste, le « monsieur météo » de France 2 a finalement reçu sa lettre de licenciement.

Dans une vidéo publiée par sa maison d’édition, Ring, ce dernier se présente aux spectateurs par ces mots : « Mon livre « Climat Investigation » est sorti il y a un mois. Depuis, je suis interdit d’antenne sur ma propre chaîne. » Et d’ouvrir face à la caméra sa lettre de licenciement, avant qu’un message n’apparaisse : « Philippe Verdier licencié par France Télévisions un mois avant la COP21. »

Depuis le 12 octobre, Philippe Verdier était absent de l’antenne, officiellement en congés pour « promouvoir son livre ». En réalité, les positions évoquées dans son dernier livre, jugées « climatosceptiques », sont très mal passées auprès de la direction de France Télévisions comme de l’exécutif à seulement quelques semaines de la COP21 de Paris.

Il avait été convoqué par sa direction fin octobre. « Lorsqu’on est salarié d’une maison comme France Télévisions, il faut faire une distinction entre ses avis personnels et ce que l’on fait porter à l’entreprise. Là, il y a eu confusion, et ça me pose problème », a déclaré Delphine Ernotte, présidente du groupe public.

De son côté, Philippe Verdier ne se fait pas d’illusions : « Forcément, quand quelqu’un se met en travers de la route de la COP 21, ça ne fait pas plaisir à l’Élysée. »

La séquence aura permis de montrer le courage et l’esprit de solidarité de Louis Bidon, « monsieur météo » de TF1 et de RTL, qui s’est exprimé sur cette affaire à l’occasion de la sortie de son livre Quand la météo fait l’histoire. Interrogé sur RTL, celui-ci s’est en effet désolidarisé de son confrère. « Moi, je m’applique le devoir de réserve », a-t-il commenté, jugeant que Philippe Verdier aurait dû également demander une audience auprès du président de la République plutôt que de publier un livre et une lettre ouverte pour critiquer les positions du GIEC…

Dossier : ONPC, nouvelle configuration du « clash »

Dossier : ONPC, nouvelle configuration du "clash"
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Source : Ojim.fr – Depuis la rentrée, le talk show star du samedi soir enchaîne « buzz » et scandales systématiques selon une mise en scène des échanges très révélatrice de l’évolution du climat idéologique. – Claude Chollet

Au temps de l’ORTF, soit la préhistoire de la « culture » télévisuelle, la tendance, dans une émission politique ou culturelle, était d’inviter un écrivain, un acteur, un responsable politique et de l’interroger avec déférence sur des sujets qu’il connaissait et à propos desquels il ou elle avait généralement quelque chose à dire. Voilà qui paraît aujourd’hui aussi ahurissant que désuet, et pourtant… L’esprit libertaire qui soufflait dans les années 80 offrit dans l’émission « Droit de réponse » de Michel Polac sans doute les premiers grands « clashs » mémorables. Plus de déférence, moins d’écoute, certes, mais une forme égalitaire du débat respectant relativement les règles du jeu, et au cours duquel chacun, en buvant et en braillant à travers d’épais nuages de fumée, avait réellement le droit de dire ce qu’il lui plaisait et d’insulter qui lui chantait, le tout dans un joyeux bordel dénué de réelle instance de censure ou de référent moral comminatoire. Cela nous paraît aujourd’hui témoigner d’une licence invraisemblable et antédiluvienne. Puis Thierry Ardisson, au cours des années 90, et Canal+ à sa suite, inventèrent une nouvelle mise en scène des échanges. Non seulement, on se mit à mélanger des invités de milieux a priori incompatibles et à traiter sur le même plan une starlette de 22 ans et un député d’âge mûr, mais surtout, les invités cessèrent d’être les vedettes évidentes de ce genre d’émission, pour devenir parfois de simples faire-valoir de l’animateur lui-même et de son comique affidé. Au lieu d’accueillir comme un prince l’artiste en promotion afin que son aura fasse rayonner l’émission, celui-ci se trouvait relégué à constituer avec d’autres une espèce de cour répartie devant le trône de l’animateur-roi attendant son tour d’audience. Lorsque celui-ci venait, il se pouvait même que le ministre ou la starlette se fasse malmener, que le roi exhibe son intimité ou que le bouffon du roi l’humilie d’une plaisanterie douteuse.

D’un plateau l’autre

Au courant des années 2000, c’est Laurent Ruquier, prenant la succession d’Ardisson, qui offre une nouvelle évolution du modèle. Le comique, s’il intervient, est remis à distance, il ne brouille plus le débat ; l’animateur, même s’il trône, reprend le rôle d’arbitre ; et ce sont les chroniqueurs, avec le succès du duo Zemmour et Naulleau, qui captent la position dominante du dispositif. Quant à l’invité, il est moins humilié que très solennellement sommé de s’expliquer à la barre. Clashs, buzz, scores sur YouTube, la formule prend. En dépit du succès, l’animateur décide de se séparer du duo que récupère Paris Première. Il tentera de le reformer avec d’autres chroniqueurs sans réussite flagrante. Et puis voilà que depuis la rentrée 2015, la formule, à nouveau se transforme… Après l’animateur, le comique, les chroniqueurs, c’est de nouveau l’invité lui-même qui fait le show. Mais pas n’importe quel invité : le mal-pensant. Houellebecq, Onfray, Lejeune, Morano, Finkielkraut : chaque samedi soir, l’émission lance sa boulette de soufre. Chaque samedi soir, Léa Salamé, sur la défensive, rappelle que la Pensée dominante a changé de camp.

Qu’est-ce que cette évolution télévisuelle peut donc traduire sur le plan de l’évolution des opinions et sur le rapport que cette évolution entretient avec le pouvoir médiatique ? C’est ce que l’OJIM a tenté de décrypter.


Chaque mutation est un indice

En réalité, chacune de ces mutations télévisuelles est un indice très clair de l’évolution du climat idéologique. Chacune indique soit un changement de règne, soit un changement de contexte général, soit un changement dans l’opinion dominante. La disposition du plateau traduit la pratique générale du débat. Prenons cette première mutation introduite avec l’émission de Polac, « Droit de réponse ». Démarrée en décembre 81, elle est expressément révélatrice de l’arrivée de la gauche au pouvoir quelques mois auparavant et elle porte en effet toutes les valeurs que cette dernière défend alors. Si l’ORTF gaulliste demeurait hiérarchique et patriarcale, « Droit de réponse » est une émission égalitaire et débraillée. Les gamins se révoltent contre l’autorité de papa et cette espèce de fondement œdipien des formes les plus adolescentes de la pensée de gauche est parfaitement sensible au visionnage de quelques séquences du show de Polac. On constate également par ailleurs l’importance du choc des générations, et comment la vulgarité et le débraillé des nouvelles, qui bientôt feront loi, ulcèrent encore les plus anciennes.

Le grand déballage

L’émission révèle toute l’atmosphère d’une époque qui voit se multiplier les radios libres et où est créée la fête de la musique – événement on ne peut plus emblématique. Ce n’est plus l’homme de savoir ou la personne concernée qui dispose d’une légitimité à s’exprimer, mais tout le monde, n’importe qui, surtout n’importe qui. Et de la même manière que n’importe qui peut massacrer les classiques du rock en plein centre-ville un soir dans l’année, n’importe qui peut donner son opinion sur n’importe quel sujet à la radio ou à la télévision, des lycéens au journaliste de Minute. Cet ultra-libéralisme du débat, relativiste, confusionniste et égalitaire, même s’il fait la plupart du temps échouer celui-ci dans la provocation ou l’insulte, est néanmoins cohérent et ignore la censure directe comme indirecte. Bien avant les obsessions hygiénistes des années 2000, les invités ont le droit de fumer et de boire sur le plateau, comme ils ont le droit d’exprimer ce qu’ils veulent et sur le ton qu’ils désirent. Cette nouveauté et cette liberté de ton possèdent en elles-mêmes la dimension sulfureuse suffisante pour capter l’audimat. Et nous verrons que ce dernier point est tout à fait crucial pour assurer la réalisation d’une mutation.

Trouble jeu

Durant les années 90, avec notamment l’émission « Double jeu », et jusqu’au milieu des années 2000 avec le succès de « Tout le monde en parle », Thierry Ardisson est à la pointe du talk-show dont il révolutionne les codes. Or, la mutation qu’il incarne coïncide avec l’hégémonie libérale-libertaire. Pour faire vite, la gauche socialiste a accepté le marché et son idéologie libertaire est devenue compatible avec le libéralisme économique. Cette symbiose implicite se réalise par ailleurs sur les décombres de l’alternative communiste et alors que l’offensive islamiste anti-occidentale n’est pas encore ébauchée. Dans cette époque de fin de l’Histoire et d’épuisement des luttes idéologiques, le soufre fait cruellement défaut dans les débats. Le clivage droite-gauche devient de plus en plus factice, le grand consensus règne. D’ailleurs, Ardisson a beau mélanger les invités, faire asseoir un rappeur à côté d’un ministre, en réalité tous vomissent plus ou moins le même filet d’eau tiède. Mais l’animateur a une idée très simple pour parvenir à faire malgré tout monter la température : le sexe. La séquence où Ardisson demande à Michel Rocard si « sucer, c’est tromper ? » est restée célèbre. On en a fait un symbole de la dégradation du politique par des médias branchés et cyniques. Certes. Mais on peut voir aussi cela selon un autre angle. Puisque plus aucun politique ne tenait un discours véritablement original ou subversif, l’animateur n’avait trouvé comme seul recours pour pimenter un rien la soupe des propos convenus, que d’évoquer l’exégèse d’une fellation avec un vieux notable. On a les condiments qu’on peut…

Nouvelle aristocratie

Par ailleurs, du joyeux bordel relativiste des années 80, Ardisson et l’esprit qu’il incarne vont peu à peu faire surgir une nouvelle aristocratie médiatique constituée essentiellement de chanteurs, d’artistes mineurs ou d’actrices. Si ceux-ci sont les perroquets de la Pensée Unique qui s’institue définitivement au cours de cette période, il se trouve que les politiques « peoplisés », comme nous l’avons vu, ne racontent de toute manière rien de plus. Alors tant qu’à entendre en boucle les mêmes slogans, autant que celui ou celle qui les répète se trouve être mieux adapté aux règles du média qui l’accueille. Au jeu de la vanne, de la « coolitude », de la provocation sexuelle, de la belle gueule ou de l’émotion de surface, évidemment que l’actrice, le chanteur, la littératrice de confessions médiocres, voire le footballeur, sont meilleurs qu’un député chenu. C’est ainsi qu’une légion à paillettes du politiquement correct prend possession des plateaux de télévision au terme d’une évolution de plusieurs décennies. Il était évident dans les années 60 que l’on trouvait plus raisonnable de demander leur avis sur un sujet de société à Sartre ou Aron qu’à un chanteur yéyé de vingt ans (lequel, d’ailleurs, ne se serait guère cru légitime pour en exprimer un). Mais au cours des années 80, les Coluche, les Goldman, les Renaud, se voient investis de hautes missions morales qu’ils assument d’abord essentiellement par l’invention d’un modèle caritatif spectaculaire, avant que leurs descendants ne jouent tout bonnement aux évangélistes bénévoles de la doxa en vogue.

Jeu de massacre

C’est la rupture de ce consensus dont les starlettes sont devenues l’avant-garde qui va représenter l’enjeu fondamental de la mutation suivante. Après qu’Ardisson, tout en la criblant de cruautés mondaines, a élevé cette nouvelle cour à une légitimité intellectuelle et morale inédite, Ruquier en fait défiler les membres un à un dans son fauteuil pour les soumettre à la question. Et là, par une sorte d’effet bascule, un duo « d’intellectuels vintage », Éric Zemmour et Éric Naulleau, un journaliste politique et un éditeur pétris tous deux de culture classique, dévoilent la vacuité et le dogmatisme en toc dont témoigne en réalité cette pseudo aristocratie de plateau adoubée la génération précédente. Commence alors un jeu de massacre suffisamment jubilatoire pour que le public n’éprouve plus la nécessité d’être tenu en éveil par la complaisance graveleuse d’un Ardisson. Les Patrick Sébastien, Francis Lalanne, les Cali, les Raphaël, les Michaël Youn, les Grand Corps Malade et tant d’autres avec eux, sont renvoyés à leur conformisme, à leur sectarisme, à leur invraisemblable suffisance, à leur inculture, alors que la parole critique reprend le pas sur la culture de la vanne. Non seulement ce soudain basculement répond aux nécessités du spectacle – pour surprendre, il faut sans cesse bouleverser les règles du jeu –, mais, comme toujours, il traduit également une évolution de la société française. Depuis le tournant des années 2000, ceux qu’un universitaire stipendié, Daniel Lindenberg, qualifia de « Nouveaux réactionnaires » dans un livre publié en 2002 (Le Rappel à l’ordre au Seuil) commencent d’ébranler la chape de plomb du politiquement correct à l’intérieur du pays. Mais encore, à l’international, l’attentat du 11 septembre 2001 a comme relancé l’Histoire et le monde s’apprête à redevenir multipolaire. En bref, de toute part : le consensus éclate.

Tous contre seul

Or, une décennie plus tard, il paraît donc que la configuration se remodèle encore. Léa Salamé et Yann Moix, une journaliste étiquetée France Inter et un écrivain vassalisé par BHL : les chroniqueurs sont à nouveau en plein dans le giron du pouvoir médiatico-politique. Ils se retrouvent, de fait, sur la même ligne idéologique que l’animateur, Laurent Ruquier, et donc sur la même ligne également que la plupart des invités pailletés. Mais ce nouveau formatage global du plateau est compensé par l’invitation systématique d’un mal-pensant, au centre, seul contre tous, dont on montre la présumée étrangeté, voire la hideur morale, afin d’exciter l’audience, tout en tentant, à tous contre un, d’en circonscrire la puissance. Ce n’est plus la cour, ce n’est plus le tribunal, c’est le cirque où l’on exhibe le phénomène. Ce n’est plus l’animateur-roi, ce n’est plus le chroniqueur-procureur, c’est l’invité-monstre. Le modèle fondateur de ce nouveau dispositif étant l’invitation d’Éric Zemmour le 4 octobre 2014, puisque le Frankenstein de Laurent Ruquier catalyse à lui-seul le processus à l’œuvre depuis quinze ans. Or, depuis que ce qu’il pensait être sa créature lui a totalement échappé, l’animateur tente par tous les moyens de réparer ce qu’il doit considérer comme une impardonnable faute morale tout en bénéficiant encore de l’aura sulfureuse du journaliste-vedette, et il pense sans doute parvenir à concilier ces deux exigences, morale et spectaculaire, en mettant en scène son encerclement, sa prise au piège, tout en vendant son exhibition. Ce qu’il pense donc avoir réussi l’an dernier au moment de la promotion du Suicide français est devenu le patron de la nouvelle formule. Et comme à la plus éclatante époque de son talk-show, quand y officiait le duo Zemmour-Naulleau, chaque semaine : c’est le buzz.

Localisation de la doxa

Et chaque semaine, Léa Salamé, devant l’invité-monstre, martèle ce dont le système a pris acte : que la pensée dominante a changé de camp. Et chaque semaine, l’invité-monstre lui expose comment ce qui est sans doute valable dans l’opinion publique est néanmoins contredit dans le champ médiatique où la Pensée Unique, reliquat d’un consensus défunt, se trouve pourtant toujours être très largement majoritaire. Très concret, dépassionné, factuel, l’écrivain Michel Houellebecq explique qu’il suffit d’ouvrir les journaux pour considérer qu’en terme de volume de discours produit, la Pensée unique couvre encore 90% du panorama, et que celle-ci peut être classée comme relevant globalement du centre-gauche. Ce qui pose tout de même un problème, puisque sans pour autant que l’opinion des médias se doive d’être strictement conforme à l’opinion publique, un trop grand décalage finit par ressembler à une forme de putsch idéologique, comme si des généraux conservaient autoritairement le pouvoir pourtant perdu de manière flagrante aux élections par leur parti. Ce que Michel Onfray traduit ainsi : « Je critique l’usage privé qui est fait du service public. Vous êtes payés par le contribuable, et quand on est payés par le contribuable, on n’a pas une pensée unique, toujours la même. » Face à Geoffroy Lejeune, dont le roman d’anticipation politique imagine la victoire de Zemmour aux présidentielles, le 26 septembre, et alors que ce dernier explique comment le journaliste, par sa parole dissidente, permet à des millions de gens de « respirer », Léa Salamé a cette réaction ahurissante : « Ils n’ont pas besoin de respirer puisque la plupart des gens pense ça ! » prétend-elle après avoir à nouveau avalisé la droitisation générale de la population. Or, sur le plateau où Léa Salamé officie, qui se trouve autour d’elle ? Yann Moix et Laurent Ruquier, qui pensent globalement comme elle ; Xavier Durringer, touche-à-tout politiquement bien borné dans la gauche des années 80 la plus puérile et sectaire, qu’incarnent indirectement les starlettes de l’époque que sont Géraldine Martineau et Marc Lavoine, lequel s’est récemment illustré parce qu’il exigeait l’accueil des migrants par la France sans pour autant accepter d’en recevoir chez lui ; enfin, Frédéric Chau, une recrue du « Djamel Comedy Club » rendu célèbre par le film bien-pensant Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu ?… Léa Salamé est donc politiquement en quasi monopole sur un plateau où celui qui pense différemment, tout en étant totalement isolé dans un tel contexte, est pourtant largement représentatif de l’opinion. Mais elle ne voit pas pour quelle raison ses adversaires politiques pourraient éprouver la nécessité de respirer… Pire, Salamé se laisse aller à revendiquer la subversion ! Il faudrait alors considérer en effet « subversif » un dictateur haï qui oserait pourtant aller systématiquement à rebours des vœux de son peuple ! Kim Jong-Un, roi des rebelles du PAF !

Extrêmes et centre

Ruquier annonce alors, sur ce thème plutôt gênant pour sa caste, que la majorité des personnes des médias seraient « plutôt au centre », autant à droite qu’à gauche. Une telle assertion est facile à étayer : en réalité, 74% des journalistes auraient voté Hollande en 2012. Autant dire que les journalistes sont moins « plutôt au centre » que carrément de gauche libérale ! Mais surtout, il est intéressant d’analyser ce que le journaliste insinue en usant d’une telle dichotomie insidieusement « démophobe », pourrait-on dire. Il y aurait un centre ; et des extrêmes. Ce « centre » manifeste bien, en effet, l’alternance unique libérale-libertaire, que le FN taxait d’ « UMPS », semble-t-il à raison, étant donné de tels aveux. Ce centre, dominant dans les médias mais aussi dans les élites, serait par conséquent modéré, raisonnable, conséquent, tandis que les extrêmes seraient le résultat d’exaspérations populistes dangereuses et potentiellement criminelles. Tout d’abord, il peut paraître un rien délirant de supposer « raisonnable » un « centre » qui a mené le pays dans une telle situation de crise globale, économique, morale, identitaire, en moins de trente ans. Ensuite, il peut sembler un rien hâtif d’amalgamer dans « les extrêmes » une gauche radicale ne l’étant pas davantage, radicale, que le mitterrandisme initial (avant le virage libéral de1983), une droite nationale de plus en plus chevènementiste, des groupuscules anarchistes violents, ou bien véritablement néo-nazis, ou encore des sympathisants de l’État Islamique… Il existe une dichotomie sans doute infiniment plus pertinente, celle qui insisterait sur le clivage entre un pôle conservateur et un pôle contestataire. Non pas conservateur au sens moral, on l’aura compris, mais du point de vue du pouvoir. Le « centre » de Ruquier, ce n’est ni plus ni moins que le camp de ceux qui veulent conserver le système tel qu’il existe, parce qu’ils en profitent au mieux. Quant aux prétendus « extrêmes », c’est une manière de désigner ceux qui contestent le pouvoir, d’où qu’ils le fassent, et qui le contestent en général pour l’excellente raison qu’ils en souffrent.

Le scandale Morano

La particularité de ce dispositif médiatique inédit au cours duquel, chaque samedi, un sénat délégitimé tente de décrédibiliser un tribun du peuple isolé dans l’arène, a déjà été parfaitement compris par certains, parmi lesquels : Nadine Morano. La plus prolo des députés des Républicains n’est pas aussi sotte qu’elle le paraît. Son prétendu « dérapage » est exactement le contraire d’une sortie de route. Sa citation polémique de de Gaulle était même le but essentiel de sa venue. Partant d’un constat simple, que dans une configuration telle que celle que nous avons décrite, celui qui est désigné comme ennemi par le cercle médiatique incarne la majorité croissante de l’électorat, il a dû lui sembler que scandaliser ce cercle revenait à agréger les électeurs de manière quasi mécanique et que plus on frappait fort, plus le bénéfice serait important. Ayant également très bien compris que le tabou des tabous de notre époque était relatif à la race, la députée a dû s’imaginer qu’il suffisait de balancer plus ou moins de but en blanc la fameuse citation du Général pour terroriser l’assemblée et fédérer derrière elle une grande partie des téléspectateurs. L’analyse est pertinente, mais la méthode fut pour le moins grossière, artificielle, tellement téléphonée qu’il est difficile de présumer qu’elle réussisse. Mais en mettant aussi nettement les pieds dans le plat (la question traitée ici, on l’aura compris, n’est pas l’à-propos de sa citation), le scandale Morano aura du moins l’immense mérite de révéler trois choses. Premièrement, ce fameux dispositif que nous venons de décrire et la tentative des politiques de s’en servir selon ses nouvelles règles de fonctionnement. Deuxièmement, comment Yann Moix, à l’instar de nombreux de ses confrères et vérifiant les prédictions de Michel Houellebecq est déjà prêt à la « soumission », ne voyant aucun inconvénient à l’islamisation du pays (laquelle, par ailleurs, est censée n’avoir pas lieu). Troisièmement, comment les prétendus héritiers du gaullisme ne partagent plus du tout la conception de la France qui était celle du Général, une conception qui les répugne même au dernier degré.

Prolonger l’usurpation

Pour conclure, on peut remarquer que cette dernière mutation du dispositif est aussi flagrante, radicale, qu’inquiétante. En effet, elle ne traduit ni plus ni moins que la mise en scène, par un pouvoir idéologique, de sa tentative désespérée de prolonger son usurpation. Au lieu d’ouvrir le cercle, la caste médiatique le referme en public sur ce qui la menace, c’est sa manière ambiguë de laisser s’exprimer ce qui discute son hégémonie tout en tentant du même coup de l’étouffer. Certes, elle admet qu’elle n’a plus beaucoup d’intellectuels et d’idées de son côté, mais une poignée de comiques certifiés conformes, de pouffiasses parvenues, de crooners has-been et d’écrivains ratés, résidus des plateaux télé mitterrando-chiraquiens, lui permet néanmoins de faire nasse, du moins à l’écran. En attendant, les 80% de Français qui ne sont pas ou plus de centre-gauche devraient déjà s’estimer heureux, comme l’affirme Léa Salamé (tous les matins sur France Inter, tous les samedis soirs sur France 2), qu’on leur laisse parfois la parole…

« Secrets d’Histoire » célèbre trop les rois selon le sans-culotte Mélenchon

claude chollet
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Après s’en être pris au Métronome de Lorant Deutsch ainsi qu’au jeu Assassin’s Creed Unity, le Front de Gauche ressort sa guillotine médiatique.

« Secret d'Histoire » présentée par Stéphane Bern

« Secret d’Histoire » présentée par Stéphane Bern

Cette fois, c’est l’émission « Secret d’Histoire » présentée par Stéphane Bern sur France 2 qui s’est attirée les foudres révolutionnaires des héritiers de Robespierre. Dans une lettre adressée à la nouvelle présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte (pas encore en fonction), Alexis Corbière et Jean-Luc Mélenchon ont tenu à l’« alerter » sur les contenus de l’émission.

Prenant acte du succès de celle-ci, et lui reconnaissant une grande qualité de production, les deux hommes commencent leur plaidoirie en regrettant le portrait qui a été dressé, le mardi 19 mai, du roi Louis XVI, volontairement rebaptisé « Louis Capet » comme au bon vieux temps du tribunal révolutionnaire.

Dénonçant « les contenus idéologiques de ces émissions et le choix très orienté des sujets », le Front de Gauche constate que, « depuis 2008, France 2 a diffusé 88 épisodes différents de « Secrets d’Histoire ». Sur ces 88 opus, plus de 60% sont consacrés exclusivement à des monarques et leurs favorites. Sur les moins de 40 % restant, dont l’essentiel est consacré à des artistes (écrivains et peintres), ou des personnages folkloriques et très secondaires de l’histoire universelle (…) seulement 5 émissions, soit 6% (!) de la totalité, ont été consacré à des personnalités ou des lieux liés à la République. »

Diantre ! La République ne serait donc qu’une petite partie, récente de surcroit, de l’histoire de France ? Corbière et Mélenchon semblent en tout cas le découvrir, avec d’autant plus d’aigreur que, comme ils l’ont rappelé eux-mêmes, l’émission de Stéphane Bern, aussi centrée sur l’Ancien Régime soit-elle, attire 3 à 4 millions de téléspectateurs à chaque rendez-vous. Réflexe victimaire oblige, le communiqué rappelle également que seul un tiers des émissions est consacré à des femmes, « qui ne sont souvent présentées qu’à titre de « femme de… » ou « favorite d’untel » », et regrette qu’aucun des personnages principaux ne soit de couleur. Y aurait-il un roi de France noir de peau que Stéphane Bern occulterait ? Et de poursuivre en regrettant que l’on consacre deux épisodes à Jésus, quelques autres à des sujets religieux, et aucun aux philosophes des Lumières, aux « figures du combat pour l’émancipation laïque », ou encore à la « grande famille intellectuelle du socialisme et communisme, qui a tant marqué l’histoire de France »... « D’une façon déséquilibrée, chaque épisode valorise de façon quasi systématique et outrancière des rois et reines, et même la principauté d’opérette et paradis fiscal de Monaco, au détriment de tous ceux qui ont lutté pour l’égalité et la justice », estiment-ils avant d’exiger que la présidence de France Télévisions « fasse un rappel à l’ordre aux producteurs et concepteurs de ces émissions ». Et de conclure que « finalement, « Secret d’histoire » tient plus de la basilique Saint Denis que du Panthéon ». Dans un communiqué, France 2 s’est défendu de ces accusations venues tout droit de la fin du XVIIIème siècle en rappelant que hormis « Secret d’Histoire », la chaîne proposait « régulièrement en première partie de soirée des grands documentaires événementiels » ou encore des fictions consacrés à des sujets plus « républiquement corrects ». En résumé, non contents que la République règne sans partage depuis 1870, il faudrait désormais, pour MM. Corbière et Mélenchon, qu’elle oublie totalement les siècles d’Histoire qui l’ont précédée. En agissant de la sorte, les deux hommes se comportent, comme ils l’ont fait avec Lorant Deutsch, en véritables petits commissaires politiques épurateurs de l’Histoire, donnant ainsi raison à la formule tristement célèbre de Saint-Just : « Ce qui constitue la République, c’est la destruction totale de ce qui lui est opposé. »

Dessin : © Milady de Winter, pour l’Ojim

Retour de Sarkozy : Marine Le Pen tacle France 2

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Pour marquer son retour officiel sur la scène politique, Nicolas Sarkozy a choisi le journal de Laurent Delahousse (photo) en guise de tribune.

L’ancien président a pu ainsi s’exprimer sur France 2 et monopoliser 45 minutes du journal télévisé. Une interview qui n’a pas plu à tout le monde, à commencer par Marine Le Pen. Invitée du « Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro », la présidente du Front National a demandé : « Qui est le plus à blâmer ? Lui (Nicolas Sarkozy) ou France 2 qui accepte que ce soit lui qui décide de la durée, de l’horaire, de la manière dont il revient ? »

Nicolas Sarkozy a en effet lui-même planifié ce retour médiatique en choisissant France 2 pour tribune et précisément Laurent Delahousse comme interlocuteur. Une demande unilatérale que la chaîne publique semble avoir accepté sans broncher…

Crédit photo : N2lepine via Wikimédia (cc)